Texte libre



Un intellectuel encensé en france: Bernard-Henri levy
une émission de Là bas si j'y suis:

__________________
Iraq: 100 000 morts parmi la population civile depuis 2003...
d'après une recherche faite par la revue médicale britannique The lancet:

"Although much of the commentary in the U.S. press and from U.S. officials has questioned the large size of this result, it is important to note that the figure of 100,000 (98,000 actually) was reached only after excluding results obtained in the region of Fallujah, where so much fighting has taken place over the past year.

When the Fallujah sample is included, the estimate of excess deaths rises to 200,000."

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Réflexions

Vendredi 2 décembre 2005

JEUNES ET MUSIQUE

Nous tenterons dans cette réflexion d'examiner, brièvement, le rôle de la musique dans la formation de l'identité des jeunes. Il s'agit là d'un problème qui met en jeu le fait que toute société se réfléchisse dans ses productions symboliques comme l'art et la musique, ces productions laissant ainsi apparaître des «problèmes» mais aussi des solutions. Comme l'écrivait le musicien Michel Ratté, «Elle (l’œuvre d'art) est plutôt la trace médiatisée de la souffrance oubliée par l'histoire…»[1]. Cette trace est ce qui permet à des groupes sociaux comme les nations, les classes sociales ou les femmes et les jeunes, de se regrouper et communiquer autour de symboles communs. La culture a donc des effets éminemment matériels et pratiques. Nous disons bien pratique car l'art ne «tombe» pas du ciel, elle met en cause des humains impliqués dans un certain nombre de relations sociales qu'ils reproduisent tout en étant déterminées par elles. Si on examine le cas de la jeunesse, c'est encore plus vrai.

La notion de jeunesse ne constitue pas une donnée «naturelle», elle «s'est construite socialement»[2] et cette construction est relativement récente, à peine un siècle et demi. C'est surtout aux lendemains de la Seconde guerre mondiale que la catégorie jeunesse, au travers de manifestations aussi diverses que celles des bandes ou des «zazous», apparaît pleinement, créant une véritable sous-culture comportementale et vestimentaire et où la musique va jouer un rôle central. Dans cette sous-culture, ce qui va prédominer, c'est la rupture. Pour affirmer son identité, le jeune doit en effet s'opposer au monde des adultes et l'exprimer par d'autres moyens. Cette attitude conduit à une rupture, la plupart du temps provisoire, avec les normes dominantes[3].

Une des première rupture, dans les années 50, verra surgir aux États-Unis, le Rockn Roll. Expression d'une révolte latente au sein de la jeunesse américaine, le Rockn Roll met de l'avant une musique qui fait place à une certaine forme de violence. Le rock représente donc une révolte, une révolte des jeunes face à des structures sociales jugées comme trop pesantes, archaïques et immobiles. C'est aussi l'expression de la recherche d'une liberté à tous les niveaux et, entre autre, sur le plan sexuel[4]. Il n'est pas étonnant que le rock, influencé par le blues et les musiques noires, ait été condamné par les autorités religieuses comme étant une manifestation satanique et «lubrique». La jeunesse s'y est pourtant retrouvée car elle représente elle-même, socialement, un moment d'entrée dans la vie et d'expérimentation, un moment d'apprentissage sexuel et l'élaboration de projet social. C'est aussi le moment où, rapidement, les espoirs se heurtent face aux réalités sociales et à un quotidien peu reluisant; préjugés, chômage, précarité, misère, solitude existentielle et sentimentale, etc. C'est la musique qui sera le vecteur qui permettra aux jeunes d'exprimer leurs frustrations et leurs espoirs.

La période Pop/Rock des années 60 verra à l’œuvre un processus similaire. Parallèlement aux luttes sociales qui explosent et à la contestation contre la guerre du Vietnam, cette musique a permis d'ouvrir des espaces d'expérimentation où s'est élaboré un message non seulement de refus mais aussi de nouvelles valeurs basées sur la communication et de nouvelles formes sociabilité basées sur le sentiment et la tolérance. Les thèmes portés par les chansons sont au diapason de cette nouvelle sensibilité de la jeunesse, ils portent sur l'amour, la paix et le refus de la guerre ainsi qu'une critique de la société des adultes. Ces thèmes, on les retrouve dans le mouvement punk des années 70 et dans le grunge des années 90, réactualisés certes au nouveau contexte social. Alors que le chômage chez les jeunes augmente, que la précarité à tous les niveaux accentuent les désarrois et que le tissu social (dont la famille) s'effiloche, la musique semble constituer un des rare pôle de référence pour construire son identité. Si on examine l'histoire du punk, en Angleterre, cette constatation est évidente. Issu de jeunes prolétaires blancs, en butte à un chômage dévastateur dans leurs communautés, le punk a constitué autant un signe de ralliement qu'un cri de protestation. «No future! », c'est la prise de conscience qu'il n'y a pas beaucoup d'avenir pour les jeunes dans cette société.

Pour terminer, nous ne pouvons que reprendre cette citation de Benoit Feller, dans son ouvrage sur le guitariste Jimi Hendrix quand il écrit que «Il y a dans le rock une énergie qui fait défaut partout ailleurs, et aussi l'espoir que la vie pourrait être comme un long solo de Jimi Hendrix. Ou au moins qu'elle DEVRAIT être telle[5]»

CHRISTIAN BROUILLARD


[1]Michel Ratté, «Du devoir de la musique de nous consoler ou l'aveu de l'impuissance comme critique de la société», Musicworks, #65, printemps 1996.

[2]Olivier Galland, Les jeunes, Paris, La Découverte, 1985, page 9.

[3]Si on suit Jacques Lazure dans son texte «Les modes de vie des jeunes», il y aurait six modes de vie propres aux jeunes: l'intégration à la société adulte, la lutte sociale, la marginalisation «autonomisante», la délinquance, la recherche du plaisir et la «victimisation» sociale. Lire Jacques Lazure, «Les modes de vie des jeunes» dans Une société/des jeunes?, Montréal, IQRC, 1986, page 46. La musique, en tant qu'élément de construction d'identité, est impliquée dans ces différents modes de vie, ne serait-ce que par les thèmes qu'elle véhicule.

[4]On peut lire dans la revue Mainmise, représentant québécois de la contre-culture des années 60-70, que «Le rock est une architecture sexuelle, en érection constante» dans Marie-France Thériault, «Mainmise: trois ans de recherche», Mainmise, #26, août 1973.

[5]Benoit Feller, Jimi Hendrix, Paris, Albin Michel, 1976, page 133.

Par Christian Brouillard
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Samedi 31 décembre 2005
Par Christian Brouillard
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Dimanche 1 janvier 2006
En cette fin d'année où l'on fait le bilan, on revient avec nostalgie (??) sur les "drôles" de guerre qu'on a vécu et sur des oeuvres qui nous ont marqué. Je vous avais parlé de La salamandre de Tanner. Rajoutez Où êtes-vous donc ?  (1969) et  Entre tu et vous (1968) de Gilles Groulx. Malgré le temps, ces deux films n'ont pas pris une ride tant leur analyse de l'aliénation contemporaine reste encore actuelle.
Et puisqu'on parle d'aliénation, voici un petit conte de la vie quotidienne. Il y avait, une fois, une zélée, c'est-à-dire une personne qui ne pouvait que se concevoir seulement comme performeuse (winner!). Tristement, elle était au chômage. Elle appliqua sur bien des jobs, aussi nulles les une que les autres. Puis, elle appliqua pour un organisme communautaire. C'était, à l'époque, une guerre larvée entre elle et moi. C'est ce qui m'a permis de lui dire que cet organisme était poche politiquement (est-ce qu'il y en a qui ne le sont pas ?). Ipso facto, je fus accusé de propagande démoralisatrice (?) et la guerre devint ouverte. Cela pourrait faire une bonne conclusion mais il y a une suite. Longtemps après, au gré des sollicitations militantes, j'ai été amené à signer une pétition en ligne contre le déménagement du casino de Montréal dans le Sud-ouest. Pétition fort honorable au demeurant, le jeu étant une de ces multiples formes d'aliénation qui nous traversent, et qu'on peut signer à cette adresse: http://noncasino.net/fr/node/60
J'ai été un peu surpris, sans plus, de voir la signature de la zélée sur cette pétition. Ma surprise a cependant été plus forte quand j'ai appris que l'organisme (pas poche!!) pour lequel cette personne travaillait, non seulement était financé par le SACA (Secrétariat à l'action communautaire autonome) comme la plupart des groupes communautaires et dont une bonne partie des fonds proviennent du Casino mais aussi grâce à des abonnements de groupe aux loteries... Lotomatique que cela s'appelle... on a l'aliénation qu'on peut, les excuses qu'on veut. Allez, bonne année et, sans tomber dans l'angélisme, tentez d'atteindre une certaine cohérence avec vous. Le monde ne s'en portera que mieux. Pour reprendre le cri de George Dor à la fin d'un film de Groulx; "Où êtes-vous donc, bande de calisss..." À SUIVRE!
Par Christian Brouillard
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Lundi 2 janvier 2006
Il y a de cela un mois, un lecteur du blog a posté un commentaire fort intéressant en rapport avec l'article sur le manifeste des "solidaires". Intéressant et pertinent aussi en rapport avec l'article sur la question du mouvement communautaire et son financement. Si vous ne l'avez pas lu (colonne de droite), je vous le donne:
On ne peu être indépendant lorsque 100% de notre financement vient de l'État.
QUI DIT MIEUX ?

VOIR AUSSI L'ARTICLE DU 2 NOVEMBRE 2005 SUR LE MOUVEMENT COMMUNAUTAIRE AU QUÉBEC
Par Christian Brouillard
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Mardi 3 janvier 2006
EXPÉRIENCES LIMITES
Entrevue avec Olivier Rolin
 

« En fin de compte, tout ce que je puis dire de véridique d`Alfa (…), c`est qu’elle m’a rendu fou : mais je plains ceux qui méprisent ce genre de folie »

Olivier Rolin, Méroé

Il y a ceux et celles que Brel appelait Ces gens-là : ces personnes bien assises (mais là, c’est Rimbaud !) sur leurs certitudes et qui ont rejeté passions et tourments à la marge. Satisfaits, d`une certaine manière… Et puis, il y a les autres, portés par une insatisfaction « existentielle » si on peut dire, qui tentent l`expérience des limites. Expérience qui peut prendre diverses formes et dont les conséquences ne sont pas les mêmes pour tous ou toutes car quel point commun peut-on tracer entre celui qui prend les armes dans un acte révolutionnaire et l`autre la plume, celle qui sombre dans la folie et celle qui squatte ou occupe une terre ? Rien car les risques ne sont pas comparables mais, par-delà l`absence de mesure, il y a un trait commun dans ces expériences limites, c`est le refus d`être assigné à une place. La littérature participe de cette inquiétude et de cet inassouvissement. Olivier Rolin, ancien militant de la Gauche prolétarienne en France durant les années 70 et écrivain ainsi qu`éditeur, nous a donné une entrevue en septembre dernier, partageant ainsi quelques bribes de son expérience

ÀB : Comment s`est opéré votre passage à la littérature car, durant les années 60-70, vous étiez militant politique révolutionnaire, alors, comment expliquez ce changement de préoccupation ?

Olivier Rolin : Eh bien, cela n`était pas l`idéal qui avait disparu mais la croyance dans les moyens pour atteindre cet idéal. Quand le mouvement auquel j`appartenais s`est dissous, ce fut une période de désarroi très difficile, alors j`ai commencé à écrire pour, très progressivement et très timidement, réfléchir sur ces années et cette expérience historique que j`avais traversé.

ÀB : Ainsi, ce que vous écrivez relève beaucoup de la mémoire, la mémoire de l`histoire avec un grand et un petit H…

Olivier Rolin : J`ai été formé comme cela. Dans ma génération, il y avait encore une présence de l`Histoire qui était très forte et puis, j`étais révolutionnaire avec toute une volonté de m`inscrire dans une tradition. Enfin, il est vrai que pour moi, écrire, c`est écrire sur le temps mais pas seulement la temporalité individuelle car, je le répète, cela tourne toujours autour de l`Histoire.

ÀB : Pour reprendre les termes de présentation d`un colloque des années 60, actuellement, que peut la littérature ?

Olivier Rolin : Je ne pense pas qu`elle puisse changer le monde et, d`ailleurs, je ne crois pas que cela soit son rôle. En revanche, je pense toujours qu`elle peut, plus que jamais, aider les gens à penser librement, par eux-mêmes et à résister au système de domestication de la pensée. Les livres transmettent des expériences, cela nous permet de comprendre ce que l`on a pas connu et ce que nous n`avons pas été. C’est énorme mais cela ne peut aboutir à des expériences de transformation politique immédiate.

ÀB : Il y a un passage dans votre roman Tigre en papier qui m`a marqué, où vous écrivez que toute littérature pourrait se résumer à tourner autour du dernier mot, un peu comme la musique qui tournoie autour de la dernière note. Il y a beaucoup d`errance et de voyages dans vos romans…

Olivier Rolin : On écrit parce qu`on a pas de lieu ou, plutôt, parce qu`on ne peut se satisfaire d`où l`on est. Nous sommes sans feux ni lieux. J`écris pour cela car aucune inscription ne me satisfait et aucun mot ne peut me satisfaire définitivement. Chaque fois qu`une phrase est faite, une autre suit pour la reprendre et la rectifier. Une fois qu`un livre est fini, il faut y revenir avec un autre livre car il n`y a pas satiété, cela veut dire sazieted, c`est assez mais, voilà, c`est jamais assez. Il y a toujours à redire, à dire autrement. Donc, il n`y a jamais de repos

ÀB : On repousse les limites ?

Olivier Rolin : Oui, c`est cela.

ÀB : Toujours dans votre roman Tigre en papier, autant les expériences révolutionnaires semblent « décevantes », autant les expériences amoureuses apportent leur lot de déceptions. L`amour n`est pas non plus un refuge dans le fracas de l`Histoire ?

Olivier Rolin : Cela peut l`être, je ne sais pas. Pour moi, ce ne fut pas le cas mais c`est une chose qui m`a importé et qui m`importe encore toujours ! Mais, j`ai dit précédemment que j`étais un pessimiste et c`est vrai que je n`ai pas une conception et une expérience spécialement paisible ou pacifique ou rassurante de l`amour. Cela n`est pas une demeure, rien n`est une demeure. J`ai écrit une fois, je m`excuse de me citer mais j`aime bien cette formule, que les demeures, c`est pour les demeurés. L’amour n’est donc pas une demeure mais c’est une histoire, une lutte, une passion, un bonheur ou une souffrance. Mais cela n`est jamais arrêté et stable. Ce n’est pas un refuge mais, en revanche, c’est une autre grande expérience humaine.

ÀB : Pour conclure, après la traversée du désert des années 80-90, ne sent-on pas actuellement un souffle de changement se lever ?

Olivier Rolin : Oui, je dirais qu’il y a un retour de l’intérêt pour les autres et de l`altruisme. L’altruisme est à la base de l’énergie révolutionnaire…

ÀB : Comme l`internationalisme ?

Olivier Rolin : Oui, oui, il y a un retour de cela et c`est bien. Par contre, il y a aussi un retour, malheureusement, des formes les plus manichéennes et sectaires de pensée. Il y a donc de nouvelles raisons d`espérer mais aussi de nouvelles de désespérer

Entretien réalisé par Christian Brouillard
 
Quelques romans d’Olivier Rolin :

L`invention du monde, Seuil, Paris, 1993

Port-Soudan, Seuil, Paris, 1994

Méroé, Seuil, Paris, 1998

Tigre en papier, Paris, Seuil, 2002

Un dossier Olivier Rolin sur le site de Remue.net : http://www.remue.net/rubrique.php3?id_rubrique=79

Par Christian Brouillard
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Vendredi 6 janvier 2006
Aux "sans-couilles", je préfère, malgré tout, les sans-culotte. Et si je reviens brièvement sur les masculinistes d'apresrupture, c'est moins pour m'attarder sur leur misérable petit cas et leur faire ainsi de la pub gratuite dont ils n'ont nul besoin. On ne perdra pas son temps, sa salive et de l'encre là-dessus d'autant plus qu'il y a bien des gens qui se sont SPÉCIALISÉS dans l'étude (et la contestation) de ces parangons de la paternité. N'étant pas un spécialiste en quoi que ce soit et me méfiant quelque peu de l'esprit de troupeau qui préside un peu partout, je ne m'intéresse qu'à ce que ce cas particulier peut révéler de plus général. Qu'on assiste à un renversement de perspective (bien propre au spectaculaire dominant) où la victime devient le violent (genre "les syndicats sont trop forts", "les féministes dominent les tribunaux", "les assistés sociaux sont gras dur", etc, etc), c'est assez clair. Ce qu'il y a de drôle, cependant, dans le chassé-croisée des discours et contre-discours, c'est qu'on a de cesse de vouloir (dit-on) assurer le "bonheur" de la "progéniture": l'enfant est mieux avec la mère, non, retorque-t-on de l'autre bord, il est mieux avec la famille, nonnon, il est mieux avec le père. Au fait, qu'en disent les principaux intéressés, ces enfants dont on se préoccupent tant ? Sais pas car on parle à leur place. Ha oui, c'est vrai, des enfants, c'est pas des adultes, sont pas conscients donc incapables d'articuler leurs désirs. Des instances bien spécifiques sont d'ailleurs chargés de parler en leur nom. Bon, c'est quoi être adulte ? être enfant (dixit Brel)? être conscient ? Sais pas sais pas. Des rôles. Certains et certaines assument d'ailleurs très mal leur rôle, des psycho-machins, des ratés "magnifiques" pas performeurs pour deux sous. Des poètes à l'état sauvage. Il y a de cela longtemps, l'Internationale lettriste avait proclamé auprès des écoliers: "Il faut apprendre aux imbéciles qui vous ignorent que vous êtes des humains, élèves des collèges, des lycés, des écoles de métiers. Vous grincez chaque jour et vous faites les "idiots" parce que vos maîtres, vos propriétaires, sous le prétexte de l'éducation, vous détruisent les plus belles années de votre vie". Ce qui vaut pour l'école vaut aussi pour la famille, peu importe sa forme. Le retour de la critique radicale - c'est-à-dire celle qui va aux racines des choses - passe par une remise en question théorico-pratique sans concessions de ces institutions - famille, école, partis, sectes, idéologies - qui reproduisent, même sous une forme modernisée, l'aliénation, la crétinisation et la destruction/dénaturation des désirs. Et celà, par-delà l'oeuvre néfaste des spécialistes de l'oppression comme de celle des spécialistes de la contestation. Pour le retour des sans-culotte et des sans-jupe!!
Par Christian Brouillard
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Lundi 23 janvier 2006
Bon, inutile de rappeler aux lecteurs et lectrices du Canada que demain, c'est le grand jour. To vote or not to vote ? 


N'empêche que cette campagne, au départ ennuyeuse, a pris un petit côté haletant avec la montée progressive (sic!) des Conservateurs de Stephan Harper. Gouvernement majoritaire ou minoritaire ? Et cet engouement pan-canadien aux vieilleries idéologiques du fringant Stephen! Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Canada !
Ceci dit, si vous aimez les projections, un petit site democraticspace.com met en ligne tout un tas de pronostics, que ce soit au niveau national ou provincial.
Alors, le 21 janvier 2006, la tendance était:
Libéraux:
97
Conservateurs:
125
NPD:
29
Les Verts:
0
Bloc Québecois:
56
Autres : 1

TIRÉ DE DEMOCRATICSPACE.COM

Et puis, Greenpeace Canada vous rappelle ce qui suit:
Greenpeace vous rappelle qu'à chaque élection, il faut VOTER POUR LA PLANÈTE. Et pour savoir quel parti est le plus susceptible de défendre notre Terre lors des prochaines élections fédérales, nous leur avons posé des questions.
 
À la fin de l'an dernier, nous avons envoyé un questionnaire aux cinq grands partis fédéraux et nous leur avons demandé d'expliquer leur position sur plusieurs grands enjeux environnementaux.
Résultats:

« Ce qui est le plus frappant de prime abord, expliquait Steven Guilbeault, le directeur de Greenpeace au Québec, c’est que le Parti conservateur n’a même pas daigné répondre à notre questionnaire et que l’environnement ne ferait pas partie des cinq principales préoccupations d’un éventuel gouvernement Conservateur. Voilà qui en dit déjà beaucoup sur la position de ce parti. Quant aux Libéraux, leurs réponses étaient décevantes. En période d’élection, les citoyens méritent mieux que des énoncés évasifs et des déclarations de statu quo, ils veulent des réponses claires. »

Le Parti libéral s’est contenté de faire un survol de ses gestes passés et il a pris très peu d’engagements spécifiques dans ses réponses. Pour sa part, le Parti conservateur n’a toujours pas répondu, malgré l’insistance de Greenpeace et les deux nouvelles dates de tombée que nous lui avons proposées. Si jamais les Conservateurs fournissent leurs réponses, nous les publierons immédiatement sur notre site.

Le questionnaire portait sur les grands thèmes suivants :

* La réduction des gaz à effet de serre
* L’arrêt des subventions fédérales aux industries du pétrole, du gaz et de l’énergie nucléaire
* Le problème de l’élimination des déchets nucléaires
* Le maintien du moratoire sur les forages pétroliers et gaziers au large de la Colombie-Britannique
* L’établissement d’un programme d’implantation de chauffe-eau solaires
* La protection de la forêt boréale
* L’avenir de la forêt du Grand Ours
* L’imposition de l’étiquetage obligatoire des aliments génétiquement modifiés
* L’arrêt des recherches sur la technologie « terminator » qui vise à produire des graines stériles
* L’appui à l’adoption d’un moratoire international sur le chalutage de fond

« Greenpeace invite les Canadiens à VOTER POUR LA PLANÈTE et à faire comprendre aux partis fédéraux que la protection de l’environnement est en tête de leurs priorités lors de cette élection, concluait Steven Guilbeault. Les questions que nous avons posées touchaient des aspects fondamentaux reliés à notre santé et à la protection à long terme de notre environnement. Les réponses à ces questions indiquent clairement jusqu’à quel point l’environnement intéresse, ou non… les différents partis. »

Pour consulter la liste complète des questions et les réponses des partis, visiter le : www.greenpeace.ca/f/campagnes/fedelect2006/


Alors, voilà. À vous de vous dépatouiller dans ce merdier. On vous dira pas quoi faire ou vous donner une direction. Ni César, ni tribun, il n'y a pas de sauveur suprême !


Par Christian Brouillard
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Jeudi 2 février 2006

Et un peu plus avec le Billboard liberation front
(tiré, cela ne manque pas d'humour décidément, du site de Madame Martin.com. Inside joke!)

Et puis le manifeste du BLF:
L’art et la science du détournement publicitaire
par Billboard Liberation Front


Introduction

Le Billboard Liberation Front détourne des publicités depuis 1977.
Nous espérons que vous trouverez utiles et abordables les informations contenues dans cette brochure. Nous y avons détaillé des méthodes pour des panneaux simples à détourner et accessibles, ainsi que d’autres, plus élaborées, pour les grands panneaux autoroutiers.
Dans la plupart des cas, il ne sera pas nécessaire de recourir aux méthodes les plus élaborées - tout comme certaines précautions tournant parfois à l’obsession. Une bombe de peinture, un esprit joyeux, et une douce nuit sont parfaitement suffisants.
Il existe plusieurs raisons pour détourner les publicités. Dans cette brochure, nous éviterons l’idéologie pour nous concentrer uniquement sur la pratique.

Billboard Liberation Front

NB : Pour plus de lisibilité, lisez la brochure illustrée, ici au format PDF.



1. Choisir un panneau

Une fois que vous aurez sélectionné un message publicitaire à détourner, il faudra déjà vérifier si vous retrouvez la même pub à plusieurs endroits. Déterminez ensuite ceux qui offrent la meilleure lisibilité et visibilité du message. Un panneau en bordure d’autoroute sera bien évidemment vu par beaucoup plus de monde qu’un panneau situé dans une ruelle obscure (ce qui est plutôt rare - ndt). Il vous faudra bien évidemment évaluer la localisation et la visibilité du détournement, mais également prendre en compte d’autres facteurs beaucoup plus variables, comme repérer les chemins d’accès, et les "issues de secours", ou le temps nécessaire pour parcourir à pieds et en voiture le chemin pour se rendre au panneau.
En choisissant le panneau, gardez à l’esprit que les détournements les plus efficaces sont souvent les plus simples. Si vous parvenez à modifier complètement le sens d’une pub rien qu’en changeant/supprimant une ou deux lettres, vous gagnerez du temps et cela vous évitera des problèmes. Certaines pubs se prêtent facilement à la parodie grâce à l’incursion d’une petite image ou d’un symbole à l’endroit approprié (un crâne, un symbole radioactif, un smiley, une svastika, un vibromasseur, etc.). Parfois, sur certaines pubs, l’ajout d’une bulle à l’un des personnages suffit.

2. Préparation

A) Accessibilité : Comment accéder au panneau ? Avez-vous besoin d’une échelle pour atteindre le haut du panneau ? Pouvez-vous escalader le panneau sans risques ? Si le panneau se trouve sur le toit d’un immeuble, peut-on y accéder en passant par l’intérieur du bâtiment, par l’escalier de sortie de secours, ou par un immeuble mitoyen ? Si vous avez besoin d’une échelle, on peut parfois en trouver sur les plates-formes des panneaux, ou sur un panneau adjacent, ou sur les toits d’immeubles.

B) Aspects pratiques : Quelle est la taille des lettres et/ou des images à modifier ? Votre zone de travail se trouve-t-elle près de la plate-forme ?
Si vous escaladez les plus gros panneaux jusqu’à leur sommet, vous pourrez vous y suspendre pour atteindre les endroits les plus hauts de la pub. Nous vous déconseillons toutefois cette méthode sauf si vous avez déjà pratiqué l’escalade. De plus, dans cette position, votre zone de travail latérale se trouvera limitée et il s’avérera difficile de se déplacer d’un côté à l’autre du panneau. Et en cas de problèmes, il vous faudra plus de temps pour fuir et cela pourra même devenir dangereux si vous vous affolez. Et il

est également très difficile de coller des images ou des lettres de grosse taille.

C) Sécurité : Après avoir sélectionné votre panneau, relevez toutes activités aux alentours, nuits et jours. Que s’y passe-t-il vers 2h00 du matin ? Serez-vous beaucoup visible en escaladant la structure ? Souvenez-vous que vous allez faire du bruit ; assurez-vous qu’il n’y a pas d’appartements ou de bureaux occupés à proximité. Marchez doucement sur les toits - vous ne savez pas au-dessus de quoi ou de chez qui vous marchez.
Les voitures qui circulent dans les environs peuvent-elles vous voir ? Que voyez-vous du panneau depuis votre zone de travail ? Même si cela semble difficile de voir une image dans l’obscurité, cela n’est pas impossible. Tout votre champ de vision sera aussi celui des passants, à l’envers !
Le panneau se trouve-t-il loin d’un commissariat ou d’un poste de patrouilles autoroutières ? Quelle est la fréquence des patrouilles ? Quel est leur temps de réponse à l’appel d’un "bon" citoyen ? Faites-vous votre propre idée en observant le coin. Est-ce tranquille la nuit, ou y a-t-il du trafic ? Lorsque les bars ferment, ceci vous fournira-t-il une bonne couverture - par ex. des mecs bourrés occupant les flics - ou bien au contraire, cela nuira-t-il à votre discrétion et vous fera repérer des passants ? Mais, s’en soucient-ils ? Si vous êtes repérés, il pourrait être préférable que les personnes au sol leur parlent plutôt que de simplement espérer qu’ils n’appellent pas la police. Ne les laissez pas vous mettre en rapport avec un véhicule. Les personnes au sol peuvent se faire passer pour des badauds et ainsi essayer de savoir ce que pensent les vrais badauds. Nous avons été découverts à de nombreuses reprises, et la plupart du temps les gens étaient amusés. Vous verrez qu’en général, les gens n’y prêtent pas attention sauf s’ils ont une bonne raison de le faire.
Grimpez déjà sur le panneau avant de vous occuper du détournement. Familiarisez-vous avec la structure en bougeant dessus. Prenez éventuellement une caméra ou un appareil photo - cela peut servir de couverture en cas de visite indésirable : "Mais voyons, monsieur l’agent, je suis photographe, et de nuit on a une vue magnifique depuis le pont...".
Prévoyez toujours des voies de secours qui vous permettront de fuir et vérifiez qu’elles ne sont pas bloquées. Pouvez-vous passer d’un toit d’immeuble à l’autre et partir par un escalier de secours ? etc.

D) Eclairage : La plupart des panneaux sont très éclairés, par des lampes de différents modèles. Les plus gros panneaux sont parfois éteints entre 23h00 et 2h00 par un système de minuterie situé sur le panneau, ou à côté. Les petits panneaux sont généralement contrôlés par des cellules photoélectriques ou des minuteurs conventionnels, qui se trouvent aussi sur le panneau. Si vous parvenez à trouver la cellule photoélectrique, vous pouvez couper l’éclairage en projetant le faisceau lumineux d’une lampe directement sur l’"oeil" de la cellule. Cela perturbe le système qui "pense" qu’il fait jour - le moment où les lampes sont censées s’éteindre.
Les minuteurs des gros panneaux se trouvent dans le boîtier de contrôle aux pieds du panneau, ou sur le côté de celui-ci. Ces boîtiers sont généralement fermés (et plus particulièrement ceux qui se trouvent aux pieds des panneaux) et s’ouvrent à l’aide d’une pointe de couteau, de tournevis. Mais à moins de vous y connaître en électricité, nous vous déconseillons d’y toucher, et il est préférable d’attendre que l’éclairage s’éteigne de lui-même. Ces panneaux sont branchés sur du 220 volts, une mauvaise manipulation pourrait vous coûter cher ! (Cependant si vous trouvez un disjoncteur à l’intérieur du boîtier, il suffit juste de le mettre à zéro, sans plus d’efforts ou de soucis - ndt)

LA SUITE !!!

Par Christian Brouillard
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Jeudi 2 février 2006

Le Forum social mondial, cet événement qui rassemble pas mal de militants altermondialistes de la planète, s'est tenu à Bamako et à Caracas le mois dernier. Vous en avez entendu parler ? Probablement pas car les médias officiels ont plus recouvert que couvert l'événement! Et, puis, comme cela se passait à Caracas, capitale d'un État du mal (dixit Hugo Chavez), les critiques se sont déchainés dans le peu de couverture publié, invoquant, entre autre, la récupération politique. Karine Peschard, collaboratrice à la revue À Bâbord et membre d'ATTAC-Québec, répond à un édito de Mario Roy publié dans La Presse du 31 janvier:

« Noyautage » du Forum social mondial : réplique à Mario Roy

Pour avoir participé au 6e Forum social mondial – qui s’est tenu à Caracas du 24 au 29 janvier – en tant que déléguée d’ATTAC-Québec et pour y avoir moi-même animé un atelier, j’ai bondi à la lecture de l’éditorial de Mario Roy, publié dans la Presse du 31 janvier 2006. Ce dernier y dénonce la soi-disant « dérive partisane » de l’événement. Bien sûr, la décision de tenir le forum dans la capitale vénézuelienne comportait le risque d’être interprétée (ce qu’elle a été, si on se fie à la couverture journalistique) comme un endossement du gouvernement Chavez par le mouvement altermondialiste. De là à affirmer que le forum a été noyauté, comme plusieurs journalistes l’ont laissé entendre, il y a un pas à ne pas franchir.

D’une part, si certains groupes appuient la « révolution bolivarienne », le tendance qui prédomine parmi les mouvements sociaux (étrangers comme vénézueliens d’ailleurs) en est une de distance critique et non d’endossement inconditionnel. D’autre part, c’est bien mal connaître la nature du processus des forums sociaux mondiaux que de croire, comme le fait Mario Roy, que le président Hugo Chavez puisse avoir « pesamment dicté une ligne politique dont tout le monde sait qu’elle est sans issue ». Il faut rappeler ici que, bien plus que dans les activités publiques (marche d’ouverture, discours, etc.), le cœur du forum réside dans les quelques 1500 ateliers autogérés, c’est-à-dire librement organisés et animés. Mario Roy ne nous explique pas comment un tel nombre d’activités a pu être noyauté… parce que cela est impossible, tout simplement. Ce n’est pas parce que Chavez prononce un discours et qu’on vend des objets à son effigie que l’événement est noyauté. Loin de là. C’est l’incroyable richesse et diversité du processus du forum social mondial et des alternatives qui y sont proposées qui fait sa force. Malheureusement, ceux-ci semblent échapper à une couverture journalistique superficielle et sensationnaliste.

Karine Peschard, ATTAC-Québec
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Par Christian Brouillard
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Samedi 4 février 2006
Suis un peu en retard dans mes mises à jour, faut croire que je perd le souffle alors que tout ne fait que s'accélérer. Comme ce capitalisme dopé à coup de spéculation et de corruption. Ca courre, ca courre! Bon, il y a un copain qui m'avait refilé cela en décembre dernier. C'est en rapport avec le Manifeste pour un Québec lucide, petit con-densé de la pensée néo-libérale et qui avait vu sa réplique avec le manifeste des solidaires. Alors, on chauffe les rotatives (ou ce qu'il en reste car, comme chantait Mano Solo, c'est trop ringard cette imagerie) et voilà ce que donne ce coup d'oeil sur le capitalisme début de millénaire:

Le Devoir
ÉDITORIAL, lundi 19 décembre 2005, p. A6

Libre opinion: Un Québec lucide au sujet du capitalisme du XXIe siècle
Attirer les investissements n'est pas suffisant

Marc-André Gagnon

Les récents manifestes pour un Québec «lucide» ou «solidaire» ont le grand mérite de permettre aux Québécois de débattre les enjeux collectifs et les actions à prendre dans un monde en mutation. Malheureusement, le débat est resté enfermé dans le clivage gauche-droite où, d'un côté, on réclame plus de marché et de flexibilité pour accroître l'investissement et la création de richesses alors que, de l'autre, on réclame simplement une meilleure redistribution de la richesse créée. Avec les transformations économiques contemporaines, les enjeux sont toutefois plus complexes et les arguments traditionnels souvent obsolètes.

Tout d'abord, il faut mettre de côté une fois pour toutes l'argument que l'État et les organisations ouvrières sont une entrave à la compétitivité qui passerait d'abord par le libre-marché et la flexibilité du travail. Selon le Global Competitiveness Report 2005-06 publié par le Forum économique mondial de Davos (qu'on ne peut taxer de sympathisant communiste...), l'économie la plus compétitive mondialement est la Finlande alors que la Suède et le Danemark se classent en 3e et 4e position. Le chemin de la compétitivité exigerait-il alors un État fort, plus de syndicat, une hausse des impôts et la gratuité des études supérieures?

Les signataires du manifeste Pour un Québec lucide soutiennent que, devant la concurrence étrangère, seules des mesures plus néolibérales assureront les investissements nécessaires pour développer les nouvelles technologies, créer de l'emploi et soutenir la croissance économique qui permettra d'enrichir l'ensemble de la collectivité québécoise. Cet argument économique traditionnel est devenu néanmoins très problématique pour trois raisons: - Dans un système économique qui flexibilise le travail au nom des intérêts des investisseurs, les gains de la croissance économique sont accaparés uniquement par les classes supérieures. Par exemple, l'analyse des statistiques officielles montre qu'aux États-Unis, entre 1979 et 2005, le salaire horaire moyen des travailleurs est passé de 16,04 $ (US constant) à 15,22 $. En fait, par rapport au nombre d'heures travaillées, 80 % des ménages américains (classes pauvres et moyennes) se sont appauvris dans les 25 dernières années alors qu'une tranche de 1 % des plus riches a vu ses revenus s'accroître de 201,3 %. Où est la lucidité dans un système économique qui appauvrit la collectivité aux bénéfices de l'élite. - On tient pour acquis que les investissements se traduisent nécessairement en création d'emplois et en accroissement de productivité. Néanmoins, les récents travaux de l'économiste Jonathan Nitzan ont comparé la valeur de la formation brute de capital fixe (les investissements créant de nouvelles capacités productives) et la valeur des fusions-acquisitions (les investissements rachetant les capacités productives existantes). Si historiquement les fusions-acquisitions restaient marginales par rapport à l'investissement réel,
elles ont explosé dans les années 1990 et représentent en 2005 près de 125 % de la valeur de la formation brute de capital fixe. Cela signifie que d'avantages d'investissements servent uniquement à racheter des capacités productives existantes dans un mouvement sans précédent de concentration du capital, et cela se traduit souvent non pas par l'embauche de travailleurs, mais par une restructuration d'entreprise qui conduit à des licenciements massifs dus au délestage des ateliers moins performants. - Un nouveau problème nous oblige aussi à revoir complètement les arguments traditionnels sur la création de richesse: la nature de la richesse dans l'économie du XXIe siècle. Alors qu'on voit souvent dans l'économie de la connaissance qui «valorise les savoirs» la porte de sortie contre la concurrence asiatique, le problème fondamental est que les savoirs (non rivaux dans la consommation) n'ont aucune valeur en soi. La connaissance est une richesse sociale partagée, mais elle ne peut être comptabilisée en valeur que si elle est appropriée afin d'en restreindre l'accès. Si dans le langage comptable, on dit que les firmes à haute technologie capitalisent surtout des actifs intangibles tels que le capital humain, il faut se rappeler que ces actifs ne sont pas créés par les firmes elles-mêmes, mais par la collectivité grâce au système d'éducation et aux réseaux sociaux et culturels de coopération.

Dans le capitalisme du XXIe siècle, les profits des firmes dépendent donc moins de leur capacité à produire de la richesse que de leur capacité à s'approprier et raréfier ce que les économistes appellent pudiquement les «externalités positives», soit la richesse générée collectivement. Pour prendre un exemple parmi bien d'autres, si un laboratoire universitaire québécois en biotechnologie découvrait une nouvelle molécule miracle grâce à des recherches financées par les fonds publics, il est fort probable qu'on créerait une start-up pour breveter la découverte afin de se faire racheter par une firme pharmaceutique dominante qui nous revendrait le médicament au prix fort. Alors qu'on nationalise les coûts et qu'on privatise les profits, les universités et le système de santé sont en crise en raison d'un sous-financement chronique.

L'économie du savoir est une économie où ce qui devient profitable n'est plus la création de richesses, mais la création de rareté. De là origine la formidable dynamique actuelle d'extension des droits de propriété intellectuelle même si cela conduit à une réduction de l'innovation. Alors que les firmes pharmaceutiques engrangent des profits records, le nombre de nouvelles molécules découvertes annuellement a diminué de moitié entre 1991 et 2002, puisque les chercheurs ont moins accès aux résultats des recherches de chacun.

Si les problèmes soulevés par les manifestes sont bien réels, la lucidité exige de prendre en compte d'autres dimensions. On attend de notre système économique qu'il améliore le bien-être de l'ensemble de la collectivité et qu'il accroisse le niveau de l'emploi et de la production de richesse. Le capitalisme contemporain a perdu la tête, puisque si on lui laisse les coudées franches comme le propose le credo néolibéral, en plus d'appauvrir la majorité de la population il consolidera les rentes monopolistiques plutôt que de créer de l'emploi et préférera la création de rareté à la création de richesse. La lucidité n'oblige pas à se plier aux exigences de l'économie, elle oblige à transformer les fondements de cette «nouvelle» économie mondialisée.

Marc-André Gagnon : Chargé de cours en économie à l'Université de Montréal.

 
Par Christian Brouillard
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