JEUNES ET MUSIQUE
Nous tenterons dans cette réflexion d'examiner, brièvement, le rôle de la musique dans la formation de l'identité des jeunes. Il s'agit là d'un problème qui met en jeu le fait que toute société se réfléchisse dans ses productions symboliques comme l'art et la musique, ces productions laissant ainsi apparaître des «problèmes» mais aussi des solutions. Comme l'écrivait le musicien Michel Ratté, «Elle (l’œuvre d'art) est plutôt la trace médiatisée de la souffrance oubliée par l'histoire…»[1]. Cette trace est ce qui permet à des groupes sociaux comme les nations, les classes sociales ou les femmes et les jeunes, de se regrouper et communiquer autour de symboles communs. La culture a donc des effets éminemment matériels et pratiques. Nous disons bien pratique car l'art ne «tombe» pas du ciel, elle met en cause des humains impliqués dans un certain nombre de relations sociales qu'ils reproduisent tout en étant déterminées par elles. Si on examine le cas de la jeunesse, c'est encore plus vrai.
La notion de jeunesse ne constitue pas une donnée «naturelle», elle «s'est construite socialement»[2] et cette construction est relativement récente, à peine un siècle et demi. C'est surtout aux lendemains de la Seconde guerre mondiale que la catégorie jeunesse, au travers de manifestations aussi diverses que celles des bandes ou des «zazous», apparaît pleinement, créant une véritable sous-culture comportementale et vestimentaire et où la musique va jouer un rôle central. Dans cette sous-culture, ce qui va prédominer, c'est la rupture. Pour affirmer son identité, le jeune doit en effet s'opposer au monde des adultes et l'exprimer par d'autres moyens. Cette attitude conduit à une rupture, la plupart du temps provisoire, avec les normes dominantes[3].
Une des première rupture, dans les années 50, verra surgir aux États-Unis, le Rockn Roll. Expression d'une révolte latente au sein de la jeunesse américaine, le Rockn Roll met de l'avant une musique qui fait place à une certaine forme de violence. Le rock représente donc une révolte, une révolte des jeunes face à des structures sociales jugées comme trop pesantes, archaïques et immobiles. C'est aussi l'expression de la recherche d'une liberté à tous les niveaux et, entre autre, sur le plan sexuel[4]. Il n'est pas étonnant que le rock, influencé par le blues et les musiques noires, ait été condamné par les autorités religieuses comme étant une manifestation satanique et «lubrique». La jeunesse s'y est pourtant retrouvée car elle représente elle-même, socialement, un moment d'entrée dans la vie et d'expérimentation, un moment d'apprentissage sexuel et l'élaboration de projet social. C'est aussi le moment où, rapidement, les espoirs se heurtent face aux réalités sociales et à un quotidien peu reluisant; préjugés, chômage, précarité, misère, solitude existentielle et sentimentale, etc. C'est la musique qui sera le vecteur qui permettra aux jeunes d'exprimer leurs frustrations et leurs espoirs.
La période Pop/Rock des années 60 verra à l’œuvre un processus similaire. Parallèlement aux luttes sociales qui explosent et à la contestation contre la guerre du Vietnam, cette musique a permis d'ouvrir des espaces d'expérimentation où s'est élaboré un message non seulement de refus mais aussi de nouvelles valeurs basées sur la communication et de nouvelles formes sociabilité basées sur le sentiment et la tolérance. Les thèmes portés par les chansons sont au diapason de cette nouvelle sensibilité de la jeunesse, ils portent sur l'amour, la paix et le refus de la guerre ainsi qu'une critique de la société des adultes. Ces thèmes, on les retrouve dans le mouvement punk des années 70 et dans le grunge des années 90, réactualisés certes au nouveau contexte social. Alors que le chômage chez les jeunes augmente, que la précarité à tous les niveaux accentuent les désarrois et que le tissu social (dont la famille) s'effiloche, la musique semble constituer un des rare pôle de référence pour construire son identité. Si on examine l'histoire du punk, en Angleterre, cette constatation est évidente. Issu de jeunes prolétaires blancs, en butte à un chômage dévastateur dans leurs communautés, le punk a constitué autant un signe de ralliement qu'un cri de protestation. «No future! », c'est la prise de conscience qu'il n'y a pas beaucoup d'avenir pour les jeunes dans cette société.
Pour terminer, nous ne pouvons que reprendre cette citation de Benoit Feller, dans son ouvrage sur le guitariste Jimi Hendrix quand il écrit que «Il y a dans le rock une énergie qui fait défaut partout ailleurs, et aussi l'espoir que la vie pourrait être comme un long solo de Jimi Hendrix. Ou au moins qu'elle DEVRAIT être telle[5]»
CHRISTIAN BROUILLARD
[1]Michel Ratté, «Du devoir de la musique de nous consoler ou l'aveu de l'impuissance comme critique de la société», Musicworks, #65, printemps 1996.
[2]Olivier Galland, Les jeunes, Paris, La Découverte, 1985, page 9.
[3]Si on suit Jacques Lazure dans son texte «Les modes de vie des jeunes», il y aurait six modes de vie propres aux jeunes: l'intégration à la société adulte, la lutte sociale, la marginalisation «autonomisante», la délinquance, la recherche du plaisir et la «victimisation» sociale. Lire Jacques Lazure, «Les modes de vie des jeunes» dans Une société/des jeunes?, Montréal, IQRC, 1986, page 46. La musique, en tant qu'élément de construction d'identité, est impliquée dans ces différents modes de vie, ne serait-ce que par les thèmes qu'elle véhicule.
[4]On peut lire dans la revue Mainmise, représentant québécois de la contre-culture des années 60-70, que «Le rock est une architecture sexuelle, en érection constante» dans Marie-France Thériault, «Mainmise: trois ans de recherche», Mainmise, #26, août 1973.
[5]Benoit Feller, Jimi Hendrix, Paris, Albin Michel, 1976, page 133.
POELITIQUE 
Et puisqu'on parle d'aliénation, voici un petit conte de la vie quotidienne. Il y avait, une fois, une zélée, c'est-à-dire une personne qui ne pouvait que se concevoir seulement comme performeuse (






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